Mon billet sur le Nutella à suscité bon nombre de réactions et ma réponse ne tenant pas en 2 lignes, j'ai décidé de partager mon avis sur les questions soulevées dans un nouveau post. En tout cas merci pour ces avis, c’est agréable de voir un débat animé ici.

« Interdire, avoir de la volonté, bannir… » Tous ces termes font références à un contrôle (mental) de soi, or se nourrir est censé être un acte spontané, intuitif. Donc à 100 lieux de ce qu’on nous impose lorsqu’on veut faire un régime.

Pour être claire, plus on s’interdit de manger un aliment, plus on le diabolise (on ne doit pas en manger, le supprimer, l’interdire des placards, …) plus on risque de mettre cet aliment sur un piédestal… et à la longue, on craque ; puis on s’en veut et on se jure mentalement qu’on ne nous y reprendra plus, que cette fois on aura de la volonté… bref le cercle vicieux commence.

Avez-vous vraiment envie d’avoir peur de manger, peur de vous-même alors que se nourrir devrait être un acte naturel ?

A force de mentaliser ce qu’on doit manger et de culpabiliser dès qu’on transgresse les règles, on en vient à développer un trouble alimentaire, différent de l’anorexie ou la boulimie, mais tout aussi dangereux pour la santé et douloureux.

Deuxièmement, comme je l’expliquais dans l’article, nutella ou pain+beurre+confiture (oui, oui je confirme que bon nombre de français font ça … et ça n’est pas une honte.) du point de vue calorique c’est presque pareil. Je suis d’accord que tout dépend de la quantité de nutella sur le pain ; mais en consommer de temps en temps ne va pas vous faire de mal. Ca n’est pas du cyanure ! Donc le terme de « poison » est excessif (à mon goût). 

Je suis d’accord sur le fait que les acides gras du nutella ne sont pas terribles (AG saturés … tout comme dans le beurre ;) mais à moins de manger bio, uniquement des aliments frais et de cuisiner tous les jours 2 heures, sans congélateur … il faut bien se confronter à la réalité.

Et ne croyez pas que manger « parfaitement bien » vous sauvera de vos failles génétiques. D’ailleurs chercher à manger sain à tout prix s’appelle l’orthorexie et c’est là encore un trouble alimentaire !

Je ne sais pas pour vous mais nous sommes au 21ème siècle et non au 19ème ! Comme ont dit à leurs parents nos parents, « il faut vivre avec son temps ». J’ajouterai, il est bon de prendre ce qui a été prouvé comme des améliorations dans le domaine alimentaire et de laisser de côté les efforts qui sont vains car faisant partis de notre culture sociale (conserve, surgelés, plats préparés, vitamines ajoutées…). Le nutella est une avancée comme une autre dans la mesure où il s’agit d’un aliment au goût généralement très apprécié, qui se conserve bien, qui apporte beaucoup d’énergie, … ce n’est pas un aliment parfait, loin de là, mais aucun ne l’est !

Je ne veux pas faire l'apologie du Nutella, je veux juste montrer qu’il est aberrant (à mon avis) de se coltiner des règles rigides et des interdits alors que ça n’a pas lieu d’être (si c’était aussi néfaste pour le corps humain, ça ne serait pas en vente !!).

Le nutella n’engendre pas de problèmes de santé en tant que tel, c’est par exemple la prise de poids éventuelle générant un dysfonctionnement de l’organisme qui est gênante. Le nutella - mais également tout autre aliment consommé de manière inadaptée - peut être à l’origine de ce genre de troubles. Le raccourci n’a donc pas lieu d’être ni la diabolisation d’un aliment en particulier.

J’ai eu affaire à des patientes qui ont surconsommé des légumes qu'elles pensaient pouvoir consommer « à volonté » et qui se sont retrouvées avec des colites à cause d’une surcharge en fibre dans leur alimentation. Va-t-on considérer que les légumes sont mauvais pour la santé ?

Après que certains choisissent de ne pas consommer du nutella c’est leur décision et ça leur appartient comme de ce qu’ils font de et pour leur corps. Ce qui me met en colère c’est le message qu'on se renvoie, médias compris : tout le monde doit manger de la même manière et suivre les mêmes règles (manger des fruits et légumes, 3 laitages par jour, pas sucre, pas de gras, pas de sel…), alors que nous sommes tous différents à l’origine (du point de vue génétique j’entends). Du coup comment un même équilibre alimentaire pourrait convenir à tout le monde ? Il existe différentes cultures culinaires qui sont ni meilleures ni moins bien mais juste différentes. Pourquoi n’y aurait-il pas une adaptation personnelle de l’équilibre alimentaire ?

L’équilibre alimentaire est prouvée scientifiquement comme bon pour la santé mais il sous entend surtout une diversité et une variété des aliments consommés au cours de notre vie afin d’apporter tout ce dont le corps à besoin. Pour moi à partir du moment où il y a interdiction de consommer certains aliments, on n’est plus dans la diversité mais dans le « régime alimentaire » qui est une déformation et qui n'a lieu d'être que lorsqu'il y a un besoin médical (diabète, cholestérol,...).

Je me doute que ce que j’écris à du mal à passer, c’est mon opinion que j’ai pu me forger petit à petit en travaillant avec mes patients et en partageant mes interrogations avec d’autres professionnels de santé durant diverses formations.

Je ne dis pas que MA vision est la bonne et la seule à prendre en compte, mais gardez juste l’esprit un peu ouvert  et attention à ne pas culpabiliser les gens autour de vous qui ont des habitudes et une opinion différentes … donc mangez du nutella sans crainte… si vous en avez envie ;-)

PS : la valeur et l'intérêt nutritif d'un aliment n'est certes pas résumé uniquement par sa valeur énergétique, mais soyons réalistes, dans le cadre de la diabolisation du nutella, c'est l'élément principal mis en avant. Je n'ai pas encore rencontré de patiente s'interdisant le nutella parce qu'il n'apporte pas suffisamment de vitamines. Par ailleurs rentrer dans le détail du type de sucre ou de lipides consommés, à moins d'être diabétique, ça me parait être à considérer que dans un second temps et non comme une priorité quand au choix ou non de consommer un aliment... sinon on ne va plus manger grand chose par peur de se faire du mal.