Hél&è;ne AgeneauHél&è;ne Ageneau, diététicienne diplômée d'Etat

Parce que bien manger est une nécessité !

jeudi, 3 décembre 2009

Mon approche diététique, de la simple provocation ?

Suite à mon billet sur les profiteroles, pour certains c'en était trop : pour eux, après avoir déjà "fait l'apologie du Nutella" (ce que je démens) je viens une fois de plus "d'inciter à la consommation d'aliments gras et sucrés" c'est donc bien clair : tout ce que je cherche c'est à "faire grossir mes patients pour qu'ils reviennent plus souvent !" Une machine bien rodée organisée par une diablesse en personne ! (mouhaha !!! [rire façon halloween])

Loin de me vexer, cette attitude m'interpelle. On m'accuse de faire de la provocation, de la désinformation, on insulte aussi un peu ma profession au passage, mais ce que je retiens avant tout c'est la réelle difficulté que nous avons tous à nous remettre en question.

Comment diable une profiterole pourrait avoir un lien avec un équilibre alimentaire ?

Comment une professionnelle de santé peut-elle parler d'aliments gras et sucré alors qu'on sait bien lit partout qu'il faut manger "sain" et "équilibré" ?

Je pourrais couper court et répondre "c'est mon métier", "c'est mon expérience" mais j'imagine que ce n'est pas vraiment le genre de réponse que vous attendez.

Malgré tout, c'est bien cette expérience qui me permet d'aborder la diététique de cette manière. Je vais être franche, ma formation initiale, celle qui permet d'obtenir le diplôme de diététicien/ne c'est une formation avec une approche très (trop ?) scientifique de la diététique : calories, rations journalières, répartition des apports, bref des bases absolument indispensables mais très carrées. Le second aspect de cette formation c'est le traitement de patients avec des pathologies claires : diabète, hypertension...

Malheureusement (ou heureusement) la majorité de mes patients ne sont pas atteints de ce types de maladies et sont des personnes que mes cours classeraient comme "bien portantes" et qui pourtant viennent me voir pour des problèmes de poids... "mince alors, qu'est-ce que je fais ? elles ne rentrent dans aucune case !"

Même si ça ne vous parait peut-être pas évident, ça me rapproche très étroitement de la phrase clé de certaines de mes patientes qu'on peut résumer en "je sais bien qu'il faut manger des fruits et des légumes mais pourtant je mange des plats touts prêts et des sucreries". Pourquoi donc viennent t-elles me voir si elles savent déjà tout ce qu'il faut faire ?

Tout ça nous amène au constat très clair que le problème n'est pas les calories ! il n'est pas non plus dans les plats préparés ou le nutella. Le problème est beaucoup plus d'ordre psychologique ("je ne me sens pas bien dans mon corps" dans la bouche d'une jeune femme de 1m68 pour 59 kg) et organisationnel ("je n'ai pas le temps de me préparer à manger vu l'heure à laquelle je rentre du travail").

Le calcul de calories, les fruits et les légumes n'ont à ce stade plus la moindre importance. Lorsqu'on parle par exemple de trouble du comportement alimentaire (TCA), ce n'est plus le contenu et le détail de l'alimentation qui sont à traiter mais bel et bien le rapport à l'alimentation en lui-même : que signifie l'acte de manger ? Souvent bien plus que d'ingurgiter des calories pour survivre ! Attirer l'attention ? Combler des manques ? ...

Qu'en rentrant du travail vous vous jetiez sur un paquet de gâteau pour vous venger des collègues qui vous traitent de grosse dans votre dos ou ingurgitiez 3 pommes d'affilée (le mythe du fruit sain), de mon point de vue la différence n'est pas bien grande. Déjà les pommes c'est plein de sucre et d'un apport calorique non négligeable et il va être beaucoup plus intéressant de traiter les causes du problème que simplement les symptômes.

Maintenant l'analyse et le traitement de ces causes n'est pas une tâche facile, c'est un processus qui prend du temps, qui demande de la remise en cause et de l'investissement (aussi bien du patient que du praticien), qui ne fonctionne pas à coup de baguette magique et qui est pour ma part le fruit de formations (je vous reparlerai bientôt du G.R.O.S), de beaucoup de travail de partage d'informations avec mes collègues diététiciennes, psychologues, psychothérapeutes et petit à petit, année après année, d'expérience tout court.

Bref, je ne vous parle pas de profiteroles, de gâteaux au chocolat et de pizza juste pour le plaisir de vous provoquer mais bel et bien parce que c'est ce que vous et moi mangeons régulièrement et qu'il faut apprendre à vivre avec ces aliments plutôt que de chercher en permanence comment les éviter.

jeudi, 18 juin 2009

Apéro orgiesque entre amis ou haricots verts vapeur ?

Il y a quelques jours, je recevais quelques amis chez moi en fin d'après-midi surtout pour les voir et également pour partager un peu de cuisine. Au programme, des petits muffins aux pépites de chocolats encore tièdes de leur récente sortie du four et du thé vert.

Le temps passant, le soleil se couchant et la bonne ambiance perdurant, en toute logique le "goûter" s'est transformé en apéro. Un petit houmous avec des crackers, quelques petites billes de mozzarella et du jambon de pays, des tomates cerises... et une bouteille de bon vin rouge.

Les langues se déliant et l'envie de poursuivre le moment étant toujours présente, on "recharge" avec ce qui reste sous la main : petites chips, une sauce improvisée pour les tremper dedans, une seconde puis une troisième bouteille de vin... bref l'apéro vire dans le déséquilibre alimentaire le plus total et s'achève tranquillement vers minuit.

Une honte ? pour une diététicienne en plus !?!

Absolument pas ! Et c'est d'ailleurs pour ça que je vous raconte cette petite tranche de ma vie : je rencontre fréquemment des personnes qui ont des troubles alimentaires, des compulsions aussi ; des femmes qui s'interdisent le moindre écart parce qu'elle savent que la balance sera là pour les rappeler à l'ordre. Je vois ces femmes, malheureuses qui s'enferment de plus en plus dans leur trouble : elles en viennent à éviter toute situation où elles risqueraient de faire des compulsions (descendre le paquet de cacahuètes) et choisissent donc le samedi soir seules devant la télé plutôt que de prendre le risque de boire 2 verres de vin.

Aujourd'hui je ne vais pas rentrer dans les détails des calories, ça n'est pas le thème de ce billet, mais je vois quand même que derrière cet apéro qui se transforme en soirée il y a surtout un diner en moins... et que la quantité énorme de calories apportées par cet apéro va être en bonne partie compensée par l'absence de calories du diner. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : l'alcool n'a rien à voir avec une plâtrée de pâtes et des légumes verts, mais finalement si on regarde la quantité de calories de sa journée, le résultat n'est pas si disproportionné que ça.

Plus encore, le lendemain matin, au réveil, pas très faim... et bien ce n'est pas la peine de se forcer à rajouter les calories d'un petit déjeuner dont on n'a pas envie ! Sauter un repas n'est pas dramatique quand c'est fait pour les bonnes raisons.

Le corps est une machine étonnante avec des capacités d'auto régulation impressionnantes, pour peu qu'on prenne soin de l'écouter.

Au delà de l'aspect purement diététique, je voulais surtout mettre en avant le fait que les moments de convivialité de ce genre sont extrêmement importants dans la vie et qu'ils participent pour beaucoup à notre équilibre psychique global. Si vous êtes heureux, bien entourés, occupés... l'alimentation sera naturellement plus facile. Si vous me permettez l'expression, on se "prend beaucoup moins la tête" lorsqu'on a moins de temps pour y réfléchir.

Alors promettez-moi, la prochaine fois qu'on vous invite à sortir, ne cherchez pas un prétexte pour rester chez vous à fixer la balance, profitez de la vie, de ses excès aussi et découvrez qu'il n'est pas si compliqué que ça de les corriger très simplement.