Margarine contre beurre, le match écologique

Dans mon billet précédent je vous ai un peu montré les avantages et les inconvénients de la margarine par rapport au beurre tout en séchant un peu sur l’aspect écologique de l’ensemble.

Du coup j’ai un peu creusé le sujet pour essayer d’y voir plus clair. Alors attention, tout ça c’est issu de recherches sur internet et d’approximations, mais ça permet d’avancer un peu et d’obtenir – à défaut de valeur exacte – au moins un ordre de grandeur sur la situation.

Commençons par le beurre

Le bilan carbone d’une vache c’est autour de 1kg de CO2 par litre de lait. Ça prend en compte son alimentation et ses rejets (de méthane, convertis en équivalent CO2). Source. (1.5kg/L pour les mauvais élèves, / 0.95 pour les bons).

Il faut environ 22 litres de lait pour faire 1kg de beurre. Source.

Si on néglige le papier d’emballage qui peut parfois être un simple papier, totalement compostable ou recyclable (on se place dans le meilleur des cas possibles) ça ramène donc la plaquette de 250g à 5,5 kg de CO2.

Pour le transport, on va considérer celui du lait entre le producteur et l’usine de transformation, en camion citerne de grand volume (19 tonnes), ce qui fait environ 332g de CO2 par tonne transportée et par kilomètre. Source. Combien de km entre le producteur puis la laiterie qui transformera le tout en beurre ? Admettons 200km, c’est totalement arbitraire mais ça me semble cohérent. donc notre plaquette de « 5,5 litres/kilos de lait » c’est un peu moins de 2g de CO2 par km parcouru, donc au final 365g de CO2 qui viennent s’ajouter au 5.5kg de la vache. On voit malgré tout que sur ce type de circuit relativement court, l’impact du transport est faible par rapport au reste.

Bref en sortie d’usine on est autour de 5.87kg de CO2 par plaquette de 250g. Ensuite le reste du circuit est similaire pour le beurre et la margarine donc on n’en tient pas compte dans cette comparaison.

Passons à la matière grasse végétale, dont une partie vient de l’autre bout du monde.

Pour simplifier les calculs, on va diviser en 3 le poids de la margarine : 1/3 d’huile de coco « du bout du monde », 1/3 d’huile de colza locale et enfin 1/3 d’eau. (En pratique il y a plus d’eau et moins d’huiles, mais on cherche un ordre d’idée, pas l’ultra précision).

Supposons que notre huile de coco (83 grammes) commence son trajet par 500 km de camion pour rejoindre le port de départ. A 175g de CO2 par tonne par kilomètre (gros camion de 40 tonnes), ça nous fait 7.3 g de CO2 à ajouter.

S’ensuit donc un voyage en énorme porte-conteneur pour rejoindre un port français après 10 000 km. Toujours selon L’ADEME il faut compter 10g de CO2 par tonne par km (moins si c’est un vraquier [qui transporte la matière première en vrac] / plus si c’est un plus petit tonnage, mais comme toujours on cherche l’ordre de grandeur). Ça nous fait donc 83 grammes de CO2 pour nos 83g d’huile.
Pour chacune des huiles on va ajouter 200 km de gros camion (entre le port et l’usine pour l’huile de coco et le producteur et l’usine pour l’huile de colza qu’on va considérer comme relativement locale). On a donc 167g de matière grasse à faire voyager 200km. A 175g de CO2 par tonne par kilomètre (toujours camion de 40 tonnes), ça nous fait 5.85 g de CO2 à ajouter. C’est plus faible que pour le beurre car cette fois on transporte des matières grasses bien plus denses (huile) et non pas du lait.
Il reste l’inconnue de savoir où se fait la conversion du colza en huile, mais ça ne change pas notablement les chiffres (1.75 kg de colza -> 1 litre d’huile. Source), donc même si on transporte du colza jusqu’à l’usine plutôt que de l’huile de colza, et même s’il faut plus de 200km entre le port et l’usine ce qui nous amènerait à doubler cette valeur, on aboutit à 12g de CO2 ce qui ne change pas notablement la donne.
Bref pour le transport des matières premières jusqu’à l’usine on aboutit à 102 grammes de CO2. C’est faible.

Attaquons la barquette plastique. L’ADEME m’a bien baladée mais j’ai abouti ici : Source. On y apprend que pour le polypropylène, il faut tabler sur 545 kg d’équivalent CO2 par tonne de plastique. A 20 grammes la barquette ça nous fait 11 grammes de CO2 par barquette. C’est faible, je la ferait bien voyager un peu (d’usine de production de plastique vers une usine de production barquettes, puis vers l’usine de production de margarine) pour alourdir son bilan, mais vu son poids plume ça ne changera pas grand chose.

Mais bon, on approche donc les 123g de CO2 pour le transport + la barquette.

Il nous reste à estimer le bilan carbone de la production des huiles, là ça se corse. A la recherche de chiffres, j’ai surtout trouvé beaucoup de blabla 🙁 Lorsqu’il y avait des chiffres ils étaient surtout portés sur la comparaison entre une belle forêt qui séquestre du carbone et la méchante plantation qui consomme des pesticides. Dans le cas d’une production bio je n’ai pas trouvé de chiffres.

Du coup le plus proche, avec des données sérieuses, ce sont des analyses sur … les biocarburants ! eh oui l’huile de palme on peut rouler avec !

Toujours est-il qu’ici source on apprend que l’huile de palme (à défaut de coco) génère 231g de CO2 par… mégajoule… je vous fais la conversion empirique : 1g d’huile pure c’est 9kcal, soit 37 656 joules c’est à dire 0,037656 MJ. Donc 83 grammes d’huile de palme c’est 0,347 MJ donc 82 grammes de CO2.

Cette même source donne 65g de CO2 par mégajoule pour l’huile de colza. Même principe de calcul, cette fois nos 83g d’huile de colza donnent 22,55g de CO2.

C’est un peu flou tout ça, mais ça nous donnerait donc environ 103g de CO2 pour la matière première, plus 123g pour le transport, donc 226g, allez arrondissons à 230g de CO2 pour la barquette de 250g de margarine.

Conclusion

Alors oui ce bilan souffre de beaucoup d’approximations et il manque probablement pas mal d’éléments intermédiaires (stockage, transport d’autres éléments, main d’œuvre des usines, processus de transformation…) mais l’idée n’est pas d’aboutir au bilan carbone final de chaque produit mais surtout de mettre en avant la différence, en négligeant ce qui est relativement identique entre les deux, je n’ai, par exemple, pas calculé le transport entre l’usine et le supermarché ou même jusqu’à chez vous.

Donc côté beurre animal : 5 870 g de CO2 par plaquette de 250g, côté margarine végétale : 230g de CO2 par barquette de 250g. Et même s’il y a beaucoup d’approximations, la différence est assez nette (rapport de plus de 25) ! Même si le porte-conteneur utilisé est plus petit (donc avec un rendement moins bon) qu’il parcoure plus de kilomètres, que l’huile de palme fait plus de camion avant d’être chargée sur le bateau ou via un camion plus petit, que le lait fait moins de kilomètres de camion citerne… l’ordre de grandeur ne changerait pas massivement. On voit que ce qui plombe le beurre c’est avant tout la production animale et seulement dans une mesure moindre le transport d’une matière première non « optimale » (lait plutôt qu’huile). Transporter les 5.5 litres de lait nécessaire à notre plaquette de beurre dans un camion citerne sur 200 km émet plus de CO2 que de ramener l’huile de coco nécessaire à notre margarine de l’autre bout de la planète…

Bref c’est à avoir dans un coin de la tête au moment de faire ses courses…

Si jamais vous constatiez que j’ai fait une erreur de calcul ou si vous avez de meilleurs chiffres à me transmettre, n’hésitez pas.

Margarine contre beurre, le match écologique

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