Hél&è;ne AgeneauHél&è;ne Ageneau, diététicienne diplômée d'Etat

Parce que bien manger est une nécessité !

Régime

Même si je ne préconise aucun régime, il est important d'en parler

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 31 mai 2018

Trop de protéines animales à la cantine ?

En tant que maman d'un enfant à l'école et diététicienne, je suis toujours choquée de voir les menus des restaurants scolaires où il est fréquent de voir saucisson en entrée, viande en plat principal, fromage et pourquoi pas yaourt... Ca n'a pas l'air de choquer grand monde, surtout pour peu qu'il y ait un légume avec la viande, mais l'apport en protéines d'origine animale est conséquent.

A l'heure où on prône de réduire notre consommation de viande, visiblement je ne suis finalement pas la seule à trouver ça un peu surprenant, une petite étude de Greenpeace révèle en effet que la quantité de protéines animales dans les cantines est en moyenne suppérieure de plus de 300% par rapport aux recommandations (un repas à la cantine c'est 416% des apports journaliers d'un enfant de 3 ans !!!) ... étrange. Lobbying ? Vieilles habitudes ancrées à tous les niveaux ? Un peu de tout ça ?

Quand de mon côté je creuse le sujet on me répond des banalités issues d'un autre âge du genre "ça permet de s'assurer que les enfants ont au moins un bon repas par jour"... mais bien sûr !!! En 2018 en France la sous-nutrition n'est plus un problème, on verse plutôt de l'autre côté du spectre, mais visiblement certains semblent un peu coincés en 1945 dans une France d'après-guerre où trouver un bout de viande à se partager en famille le week-end relevait déjà du luxe...

Source : 4 saisons du jardin bio, avril 2018

jeudi, 21 septembre 2017

Sucre, soda, obésité, diabète - et nos enfants dans tout ça ?

Il y a quelques mois, dans le cadre de l'association de parents d'élèves dont je fais partie, je donnais une petite conférence sur les besoins alimentaires des enfants. Je me souviens de certains regards un peu choqués et de sourcils froncés lorsque j'évoquais les recommandations sur certains produits, notamment ceux qui contiennent du sucre.

D'une manière générale les parents, notamment en France, ont une assez bonne idée de "l'alimentation équilibrée", par contre son application est souvent bien plus complexe que prévue. Les industriels aimant bien jeter la confusion pour nous faire catégoriser comme "bons" et "sains" des produits qui en sont parfois très éloignés. Prenons par exemple le jus de fruits... on m'explique que "c'est bien mieux que du soda quand même, et que pour le goûter ça permet d'avoir au moins une portion de fruits. Madame la diététicienne vous ne pouvez pas dire le contraire !"

J'ai déjà parlé sur des précédents  articles sur les goûters la différence entre le fruit entier et ses dérivés (pâtes de fruits, jus de fruits...) - notamment sur la satiété et la quantité réellement consommée - mais surtout quand on creuse et qu'on demande aux parents quel marque/modèle de jus de fruits ils consomment on se rend compte que derrière le "jus de fruits" il y a plutôt un sirop de sucre enrichi en extrait plus ou moins naturels de fruits.

Je passe donc régulièrement pour une extra-terrestre en évoquant le fait que la seule boisson dont l'être humain a besoin est de l'eau, oui, tous les jours, oui à tous les repas. Le soda au goûter "juste une fois par jour" : non, c'est contre productif à tous les niveaux : si ça fait plaisir à votre enfant sur le moment, c'est un cadeau empoisonné que vous lui faites à long terme : obésité, diabète,...

Aujourd'hui je suis tombée sur ce long et intéressant reportage qui justement traite de ce problème :

 

Même s'il est avant tout focalisé sur des cas précis plutôt que des données et documents scientifiques et chiffrés, ça reste un très bon état des lieux de la situation aujourd'hui (pour avoir de la famille à Tahiti, ce qui est montré dans ce reportage est très représentatif de la réalité !). Si vous allez jusqu'au bout, que vous résistez à l'arrachage (un peu trop sensationnel c'est dommage) de dents de bébés (mon cœur de maman a eu mal), vous aurez entre les mains tout ce qu'il faut pour ne plus faire de trop mauvais choix dans l'alimentation de vos enfants.

Je n'ai pas envie de diaboliser le sucre, parce qu'on sait que tout ce qui évoque le bannissement, le "c'est mauvais" ne sert à rien. Les glucides sont nécessaires à la vie, le sucre naturel des aliments n'est pas mauvais en soi, tout est question de quantité. Il faut surtout s'interroger sur tout ce qu'on appelle "calories vides", notamment celles issues des sucres ajoutés. Et on le voit bien dans le reportage : plus on en ingère plus il est difficile de ne pas en ingérer. Et pour reprendre une phrase un peu choc : "on ne donne pas du tabac ni d'alcool à nos enfants". Il faut donc réfléchir à ce qu'on leur donne d'autre qui pourrait avoir des effets délétères à plus ou moins long terme, et ce de manière très claire.

Les attitudes des industriels étant ce qu'elles sont ("on respecte les lois et les normes", "le consommateur choisit", "c'est ce que le consommateur veut"...) je m'interroge quand même de cette situation où on en revient à dire à un drogué "c'est vous qui choisissez la quantité que vous prenez, modérez-vous et tout ira bien"... Je ne suis pas spécialement pour la règlementation à outrance, mais dans une société où on improvise sans souci des lois liberticides sous couvert de lutte contre le terrorisme, ça fait assez mal de voir que face aux industriels qui vendent des produits aux conséquences probablement bien plus létales que toutes les drogues "officielles" et attentats cumulés on ne fait strictement rien, lobbying oblige.

Du coup puisqu'il ne faut pas attendre grand chose côté industrie ni gouvernement, j'aimerai aller un peu plus loin, là où le documentaire ne s'aventure pas : Quels sont les bons choix alimentaires ? Que pouvez-vous faire à votre niveau pour limiter les risque de surpoids, d'obésité et de diabète pour vos enfants ?

D'une manière générale on ne le répètera jamais assez :

- de l'eau, à tous les repas, tous les jours. Les boissons sucrées c'est pour la fête, pour l'anniversaire, pour les évènements exceptionnels (rares). Un fond de sirop dans un grand verre d'eau, c'est du sucre inutile et surtout une manière de s'habituer à demander encore plus de sucre. Le jus de fruit n'est pas un fruit ! Et même s'il est bio, "100% fruit" ou que sais-je ça reste une boisson (qu'on ingère donc vite) qui contient une grande quantité de sucre. Plus ce principe sera appliqué plus il leur sera facile ado ou adultes de boire "un verre de temps en temps" (quel qu'il soit) sans conséquence puisqu'ils retourneront par habitude à l'eau le reste du temps.
- Les bonbons, confiseries au chocolat et autres sucreries : même principe, c'est exceptionnel, pour un repas de fête, un anniversaire... et non pas dans les placards en attente de craquage. Vous comprenez vous qu'on puisse donner des bonbons à l'école mais qu'emporter une banane pour faire une collation soit interdit ??? 30 enfants dans une classe, si chacun ramène des bonbons pour tout le monde pour son anniversaire vous voyez où ça nous mène...
- Les fruits ça se mange de préférence entier, avec les fibres et le volume qui va avec (pas pressés/centrifugés/...)
- Toujours pour rester sur les goûters/collations, il y a moyen de faire des choses simples et bonnes. Le pain-beurre-chocolat de votre enfance n'est pas une ineptie. S'ils ne sont pas trop habitués (ou un peu déshabitués) au sucre, un chocolat noir à 85% de cacao passe très très bien avec une tranche de pain complet et du beurre (ou de l'huile d'olive ou de colza pour les plus aventureux). Mon fils de 3 ans et demi adore ça, ça n'a rien à voir avec l'âge mais avec l'éducation du palais (amusez vous à comparer les chocolats, les matières grasses...). Les enfants ne naissent pas accros au sucre, ils le deviennent si nous les y aidons.
- La viande n'est pas indispensable à tous les repas, bien au contraire, c'est même déconseillé pour les enfants. 1 portion par jour est un maximum à envisager. Pour les enfants qui mangent à la cantine tous les jours, où la viande est globalement imposée tous les jours (sauf le vendredi - jour du seigneur - c'est poisson !!! vive l'école laïque), celà veut donc dire envisager des menus végétariens le soir.
- Même chose pour les produits laitiers et le lait en général. Passé 3 ans environ le lait devient un aliment parmi d'autres, aucune obligation, quant à la portion de laitage à chaque repas, elle est plus héritée de besoins économiques d'après guerre que d'une réalité diététique. Le fromage est souvent très salé, c'est donc à limiter.
- On privilégie les glucides complets et surtout "pas transformés" : les pâtes complètes, le riz complet, les pommes de terre entières (non les pommes dauphines du commerce ne sont pas des pommes de terre ! non la purée mousseline c'est pas "de la bonne pomme de terre" comme le dit la pub...). Et même si vos pâtes ne sont pas complètes, un plat à base de pâtes + une conserve de tomates en dés (100% tomate et rien d'autre) c'est une belle avancée par rapport aux lasagnes industrielles ou aux raviolis mollassons sur-cuits (trop vite digérés) et dont la farce est... une farce en soi !
- Légumes et légumineuses devraient être la base de notre alimentation, pas la "garniture" pour reprendre le terme des restos !
- On peut cuisiner des gloubi boulga relativement équilibrés sans prendre plus de temps que le réchauffage de plats préparés industriels. Vous avez vu mes "recettes" de "on met tout dans la casserole, on égoutte, on ajoute quelques épices et on mange". Ce n'est pas de la grande cuisine, mais ça contient 3 ou 4 ingrédients précis, bruts et non pas une multitude d'additifs qui n'ont pour seul but celui d'augmenter les marges des fabricants en vous incitant au passage à recommencer à en manger par la suite (via une texture plus onctueuse, un goût plus intense...) parce que c'était bon dans la bouche. Je ne suis pas vraiment fière de mes recettes improvisées, c'est rarement idéal (les légumes vapeur sont mieux que bouillis par exemple) mais c'est déjà tellement mieux que de réchauffer des buns surgelés "aux légumes" (genre 25% de légumes et 75% d'autres trucs pas nécessaires) que ça devrait vous décomplexer totalement de cuisiner un plat "rapide".
- N'hésitez pas à essayer les produits bruts que vous ne connaissez pas. En consultation on me dit souvent que c'est difficile de trouver de la variété et de se renouveler dans les recettes quand on veut cuisiner sainement... tout en passant à côté de la moitié des légumes et des légumineuses. Tous n'ont pas le côté doux et sucré d'une pomme de terre, mais on rigole bien à préparer de temps en temps des légumes anciens, à faire goûter les yeux fermés ou ouverts de la patate douce, du navet, des lentilles vertes ou corail, des betteraves crues... souvent tout est question de bonne intelligence : évitez de commencer par faire une plâtrée de céleri boule "à l'eau sans rien d'autre pour le diner" à vos enfants habitués aux "potatoes" industrielles noyées de sauce barbecue... essayez donc plutôt d'intégrer petit à petit ces ingrédients dans des plats qu'ils aiment déjà, faites des assiettes avec plusieurs de ces légumes pour qu'ils puissent tester et parler de ce qu'ils préfèrent, pourquoi... que la cuisine et la table deviennent un terrain d'expérimentation et de jeu plutôt que de guerre ! Plus il y aura d'aliments différents en permanence à la maison plus il est simple d'en essayer de nouveaux. A l'opposé, plus les repas sont réguliers et tournent autour du fameux riz-pâtes-jambon blanc-purée-pizza, plus en sortir est difficile.

Enfin il y a des tas de moyens de faire des choses festives, originales, sans rentrer dans les sempiternels bonbons, barres chocolatées, gâteaux industriels. Déjà tout l'amour ne passe pas par l'alimentation, on peut faire bien plus plaisir à un enfant en passant 1 heure à jouer avec lui (en laissant son smartphone de côté !) qu'en lui donnant un sachet de haritrucs. Par ailleurs on peut cuisiner des gâteaux bons ET sans sucres ajoutés. Intégrez de la banane à une recette, des amandes en poudre, de la vanille... et en quelques minutes on peu concocter un gâteau très sympa sans virer dans le sirop de fructose-glucose et les pics de glycémie qui rendent nos enfants ingérables. "Mais enfin Jason arrête de courir partout et de te rouler par terre, tu es vraiment intenable !" ça vous parle :-) Après un shoot de sucre c'est un pourtant un comportement relativement normal pour un enfant (puis grognon et fatigué une demi-heure plus tard pendant la rechute... prenez le temps d'observer, vous verrez !

En écrivant tout ça je ressens une émotion bizarre, celle d'écrire des choses évidentes et en même temps de risquer de passer pour une intégriste. Mon métier me passionne, vous le savez, peut-être que je m'emporte parfois, mais quand on voit les chiffres, la réalité au quotidien, la souffrance d'avoir en face de soi en consultation des enfants obèses malheureux et la stigmatisation qu'ils subissent c'est difficile de rester zen. Surtout quand en parallèle les solutions on les connait bien, tout le monde les connait... mais si peu les appliquent !

C'est d'ailleurs ce qui m'a choqué également dans ce reportage, Tapunui l'adolescent tahitien qui explique que maintenant il "fait attention" tout en se servant un grand verre de jus de fruit (!?!) puis proposant d'aller diner "aux roulottes" (genre de fast food extérieurs). L'attitude de ses parents est aussi symptomatique : on l'aime notre fiston alors s'il veut sa dose on lui donne, on veut lui faire plaisir et qu'il soit content... Même si la maman semble résister mollement, le fiston n'a même pas trop besoin d'insister s'il veut obtenir ce que son corps lui réclame. On peut comprendre dans ces conditions la difficulté qu'il peut avoir quand lui, ado, en pleine construction, a très envie de quelque chose et qu'en face la résistance n'est pas bien ferme... Un peu plus tard c'est lui même qui explique à ses parents que s'il a des enfants un jour il ne réagira pas comme ça avec les siens et qu'il serrera la vis. On tombe dans l'attitude extrême inverse où finalement on rentre dans la restriction, le bannissement, la peur du gendarme plutôt que l'éducation et la simplicité. C'est aussi parfois tout bête : s'il n'y a pas de soda à la maison ça n'est pas votre enfant qui en demandera. Et s'il en demande parce qu'il y en a chez un de ses copains, et bien oui les parents de son copain ont fait ce choix, on peut en parler et expliquer ce qu'on en pense, pourquoi on fait différemment, pourquoi on réserve ça à un usage spécifique...et ce dès le plus jeune âge. A vous aussi d'être cohérent dans vos consommations : c'est plus dur d'expliquer à son enfant de ne pas boire du soda si soi-même on y est accro !

Alors oui ça demande quelques efforts, surtout les premières semaines, pour modifier ses habitudes, trouver des solutions, tester des alternatives... mais que sont ces quelques efforts face aux problèmes et autres maladies qu'on limite par la suite ! Et je peux vous l'affirmer, que ce soit pour les patients que j'ai suivi ou ma propre expérience personnelle, les envies et "besoins" disparaissent rapidement, on obtient d'ailleurs très vite l'effet inverse : on trouve tout ce qui est industriel trop sucré, ce qui règle automatiquement le problème à long terme : moins d'envies de produits qu'on sait qu'on trouvera trop sucrés, dégoût au bout du premier cookie industriel, ... bref, passé les premières semaines un peu difficiles la suite est beaucoup plus simple !

Si j'ai un conseil très simple : commencez, simplement commencez. La moindre réduction quelle qu'elle soit sera bénéfique et pourra amorcer un processus à plus long terme. Pour terminer, une petite anecdote : mon conjoint, amateur de café était toujours un peu frustré de le boire avec du sucre quand autour de lui on lui répétait que pour sentir le "vrai goût du café" il fallait le boire sans sucre. Ayant l'impression de passer à côté de quelque chose, il a plusieurs fois essayé de retirer le sucre de son café, sans succès, il le trouvait toujours imbuvable et surtout bien meilleur avec du sucre... jusqu'au jour où il a pris le problème à l'envers et cherché plutôt à réduire la consommation de sucre dans le reste de son alimentation. La tisane du soir, facile. Quelques semaines plus tard le thé du matin, sans sucre, et hop. Une couche plus fine de confiture sur les tartines du petit dej'... et ainsi de suite jusqu'à faire disparaître le besoin de sucre raffiné et la petite cuillère qui va avec. Et puis un jour il s'est attaqué au café et l'a goûté sans sucre, depuis c'est comme ça qu'il le boit !

jeudi, 2 février 2017

La différence entre végétalien et vegan ?

Une question qu'on me pose régulièrement (pour ceux qui ont déjà bien assimilité la différence entre végétarien et végétalien) c'est donc quelle est la différence entre végétalien et ce mot étranger "vegan" qu'on voit de plus en plus ?

La réponse n'est pas simple. A la base "vegan" c'est juste le terme anglais pour végétalien, c'est à dire une personne qui ne mange et boit aucun produit issu des animaux (donc pas d'oeufs, de lait de vache, de fromage...).

En pratique il y a 2 points importants :

- Le terme vegan est très repris par le marketing, ça fait moderne, frais, ça va avec les concepts de nouvelles boutiques qui vous vendent à pris d'or du jus de céleri (Organic raw vegan smoothie c'est plus vendeur). Le végétalien c'est la maigrichonne pénible à inviter car on ne sait jamais quoi lui faire à manger, le vegan c'est la jeunette hype qui prend soin de sa santé. C'est pareil mais c'est nettement plus vendeur :-)

- Le point que je mettrais le plus en avant c'est que la personne qui se revendique "vegan" va souvent au delà de l'alimentation. Un désir de ne pas utiliser les animaux pour quoi que ça soit : cosmétiques bien entendu, mais aussi les vêtements par exemple. Vous pensez à la fourure ? C'est très classique mais finalement tellement minoritaire dans une garde robe. Rregardez plutôt du côté des sacs à main, ceintures ou encore des chaussures, le cuir il vient d'où ? Mais rassurez-vous, le cuir d'ananas (!) arrive...

 

jeudi, 12 janvier 2017

Le sectarisme alimentaire

J'aime bien ces billets avec des titres un peu incompréhensibles au premier abord, je vous imagine bien vous gratter la tête en vous disant "mais qu'est-ce que c'est encore que ce truc ? de quoi elle veut nous parler ?".

Le sectarisme alimentaire c'est l'appellation que j'ai choisie de donner à un constat que je fais souvent : plus quelqu'un a perdu de poids, en partant de très haut notamment, plus il a tendance à être rigide avec son alimentation, l'alimentation des autres et les aliments riches en sucre/graisse. Alors ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : tous les "anciens gros" ne sont pas comme ça, heureusement, mais disons qu'en prenant le problème à l'envers, lorsque j'entends quelqu'un me parler "d'aliments à bannir à vie", de "produits de me*de", ou encore et surtout de "c'est sûr qu'en mangeant comme ça il ne faut pas s'étonner qu'elle soit grosse", bizarrement ça provient plutôt d'anciens obèses que de personnes ayant toujours plus ou moins eu la ligne.

Forcément vous commencez à me connaître, ça m'a travaillé les méninges : à première vue ça devrait être l'inverse, c'est "madame ultra mince" qui n'a jamais pris un gramme qui devrait avoir la verbe facile pour balancer sur "les grosses", pointer du doigt leur comportement : si elles grossissent c'est qu'elles mangent trop ou mal, sous entendu "contrairement à moi. Regardez-moi comme moi je mange bien et je suis belle". Mais en fait pour faire simple, les personnes qui n'ont pas ou peu de problème de poids n'ont pas grand chose à faire des problèmes de poids des autres. Par contre, ce sont plutôt les personnes qui ont dû elles-même faire de gros efforts pour perdre du poids qui pointent du doigt le comportement alimentaire des autres. En réalité c'est finalement plutôt logique, car si elles ont dû faire des efforts, parfois draconiens, il n'y a pas de raison que les autres n'en fassent pas... et si jamais les autres n'en font pas alors "il ne faut pas s'étonner de les voir grossir". Bref c'est justement parce que, elles, elles en ont bavé que les autres doivent :
A) soit en baver autant qu'elles, donc zéro chocolat, à mort le sucre...
B) soit souffrir parce qu'elles ne font rien contre leur prise de poids.

J'avoue que ça me fait toujours bizarre quand en consultation j'entends ces termes violents comme "bannir" (le nutella :-), "interdire" (les aliments plaisir), ... "plus jamais"...

Au travers cette attitude je perçois surtout une insécurité, une espèce de peur de la rechute. Derrière l'interdiction du nutella (pour tout le monde) il y a surtout le "si les autres en mangent, ça risque de me tenter et je ne veux plus me laisser tenter car je ne veux pas revenir au poids où j'étais avant de m'interdire tout ça". Il y a également le risque de constater que si jamais la personne perds du poids en continuant à manger du nutella ça mettra par terre sa théorie comme quoi c'est justement en bannissant tel ou tel aliment qu'elle a réussi à perdre du poids. Il y a en fait le poids des efforts réalisés pour arriver au poids auquel elles sont arrivées. "Ca serait franchement dégueulasse injuste si d'autres arrivaient au même résultat sans subir autant de contraintes que moi".

Finalement derrière le sectarisme alimentaire il y a avant tout un trouble du comportement alimentaire, une espèce d'instabilité où l'on sent que jusque là tout va bien parce que je tiens, je suis forte, je ne me laisse pas aller... mais jusqu'à quand ?

Ça n'est pas du tout un comportement apaisé vis à vis de l'alimentation ou de son propre poids. Généralement il suffit d'un grain de sable dans les rouages (problème au travail par exemple...) pour que tout lâche d'un coup et que les kilos maintenus sous contrôle strict jusqu'à présent repartent totalement dans le mauvais sens.

La prochaine fois que vous aurez envie de juger la manière de manger de quelqu'un d'autre que vous, surtout lorsque vous ne connaissez pas grand chose de l'historique - notamment de santé - de la personne ("la grosse à la cantine") commencez par vous demander pourquoi vous ressentez ça, pourquoi vous avez envie de caser telle personne ou tel aliment dans cette petite boîte bien pratique (mal, mauvais, pas bien), ça n'est pas forcément l'autre qui est en cause.

jeudi, 10 novembre 2016

Quelle crème fraîche acheter ?

Régulièrement lors de mes consultations, on me demande "la crème fraîche il vaut mieux la prendre à 5, 15 ou 30% de matière grasse ? Et vous vous achetez quoi ?".

J'aime beaucoup ce type de question, parce que tout le monde imagine que la diététicienne mange ses haricots verts vapeur avec une touche de crème fraîche allégée... et bien non. Ma réponse sur les produits allégés est toujours la même : pour alléger un produit on remplace généralement une partie de la matière grasse d'origine (naturelle quoi) par de l'eau et surtout des stabilisants car forcément l'eau ça tient beaucoup moins bien que la graisse, ça ne se mélange pas bien et personne n'aime les produits qui se déphasent.

Donc au lieu d'acheter un produit plutôt sain, naturel, pourquoi préféreriez-vous payer de l'eau et des produits issus de l'industrie chimique ?

Mon péché mignon c'est donc la bonne crème fraîche entière, genre celle d'Isigny, ou mieux, celle de votre petit producteur au marché. Le bon test : si la cuillère tient magistralement plantée dedans c'est que vous êtes sur la bonne voie.

Crème fraîche d'Isigny
Crème fraîche d'Isigny

Alors oui c'est gras, oui c'est riche en acide gras saturés (moins que le beurre en tout cas), mais notre alimentation requiert une bonne part de lipides, et il vaut mieux les apporter par des produits naturels, consistants et rassasiants que par de l'eau gélifiée enrichies en matières grasses.

Bref, c'est à consommer avec modération mais, sauf problème de santé particulier, la crème fraîche épaisse s'inscrit sans souci dans le cadre d'une alimentation équilibrée.

 

jeudi, 29 janvier 2015

la faim et le vide

Alors ça c'est un titre bizarre : faim, vide, qu'est-ce qu'elle raconte ?!?

Au fil du temps, de l'expérience, j'ai réussi à mettre des mots sur certains ressentis... car en consultation il y a bien entendu les mots, mais aussi le langage corporel, les sous-entendus, les non-dits, bref beaucoup de signaux qui me sont transmis et que j'arrive plus ou moins à décrypter... Parfois il me faut un peu de temps, il me faut retrouver les mêmes sensations avec d'autres patients ou partager avec d'autres professionnels de santé pour enfin arriver à décrypter certains messages pas évidents.

Aujourd'hui je vais donc vous parler du "vide".

Certaines de mes patientes ont du mal avec l'idée d'attendre d'avoir faim avant de manger. Ca a l'air pourtant basique, mon fils y arrive depuis sa naissance : "faim -> pleurer -> manger -> ah ça va mieux". Même la nuit, il s'en fiche que je dorme ou pas :-) Mais avec le temps, avec la vie, avec le formatage pour correspondre aux attentes des autres, la bienséance, petit à petit on se fait une carapace, on apprend à mettre de côté ses sensations. Pour beaucoup d'entre nous on mange "parce que c'est l'heure". C'est malheureux, mais relativement facile à travailler quand on accepte de réécouter un peu ses sensations.

Mais certaines personnes mangent non plus par simple habitude, mais parce que le vide est insupportable pour elles. Le vide c'est deux choses : physiquement c'est l'estomac vide qui gargouille et dont on n'a pas envie d'affronter le ressenti désagréable, mais psychologiquement c'est surtout le fait d'être seule, de rentrer chez soi le soir sans grand programme, sans envie particulière, sans amis ou famille autour de soi.

Et lorsqu'on est dans cette situation, une solution très simple pour remédier au vide c'est de se mettre à manger. Non plus par faim, pas non plus par habitude mais parce qu'en ingérant de la nourriture on essaye de combler un creux, un vide dans sa vie qu'on ne réussit pas à combler.

On pourrait se dire : pourquoi pas, "si ça l'occupe" je ne vois pas où est le mal... Le problème c'est qu'en se remplissant d'aliments on comble le problème à court terme (ça prend en effet du temps de cuisiner puis de manger)... mais malheureusement ça ne comble pas le vide de sa vie. On rentre le lendemain toujours aussi déprimé à l'idée de passer cette soirée seule, on mange toujours plus en espérant combler ce trou mais rien ne se passe. Du coup le calcul est simple, on mange plus, notamment bien plus que nos besoins physiques... et on grossit.

J'ai des patientes qui nient la dépression et l'aspect social et ne se focalisent que sur le poids "je ne comprends pas, je me fais des bons petits plats le soir, je cuisine, j'ai un bon coup de fourchette mais je fais attention à ne pas manger trop riche..." en creusant, en discutant, je ressens surtout cette solitude, cette fatigue : souvent un travail qui ne leur plait pas, une situation familiale compliquée, pas de vie sociale... et alors que la solution est probablement plus de l'ordre du "s'inscrire pour faire du bénévolat dans une association" elles s'acharnent à vouloir faire un régime pour perdre du poids.

Je pense que notre travail en tant que diététiciennes n'est alors absolument pas de chercher à calculer si son repas est trop riche ou pas, ce qui reviendrait à soigner les symptômes mais pas la cause du problème. Notre but est alors d'orienter vers des solutions adaptées à cette personne qui amèneront ensuite à une modification naturelle du comportement alimentaire.

Comme je le disais plus haut, notre patiente dépressive prise en exemple aura bien plus intérêt à aller s'inscrire au yoga, mettre en place une sortie par semaine avec des collègues, s'investir dans une association, aller lire des bouquins à des enfants hospitalisés ou toute autre activité qui ira avec ses envies et ce qu'elle pense possible. Et je peux vous assurer pour avoir travaillé ces points avec nombre de patientes, que ça comble bien mieux un vide que n'importe quel aliment !

jeudi, 11 décembre 2014

La peur du rendez-vous !

Il y a quelques jours, j'ai une une grande surprise, j'avais rendez-vous avec une patiente (son premier rendez-vous) qui n'est pas venue. Seule dans mon cabinet, je la rappelle et finalement obtiens l'explication : "j'ai vraiment envie de perdre du poids, j'ai pris une demi-journée de congé pour venir vous voir mais au moment de venir j'ai eu un gros coup de stress, j'ai eu peur, et je n'ai pas réussi à venir."

Ben ça alors, je ne m'y attendais pas. Après pourtant des années de pratique j'avoue qu'il est déstabilisant de constater que les problèmes de poids ont rejoints ceux des dents. A force de messages déstabilisants dans tous les sens, ça y est, le diététicien a de commun avec le dentiste "qu'il va faire mal".

Alors j'en profite pour dire qu'en 2014 ce ne sont plus les dentistes qui font mal mais les dents avant d'aller consulter lesdits dentistes. Ils ont tout l'attirail d'anesthésiques pour "qu'aller chez le dentiste" ne soit plus douloureux.

Revenons-en aux diététiciens... donc si je comprends bien nous faisons mal à nos patients... ça n'est probablement pas faux, pas des douleurs physiques bien sûr (je précise au cas où :-) mais de plus en plus le travail diététique ne concerne plus les calories ingérées mais le pourquoi nous mangeons. De plus en plus l'alimentation devient indissociable du rythme de vie, et quand on regarde notre manière de (mal) manger, qu'on cherche à la remettre en cause, c'est souvent toute notre manière de vivre et de consommer que nous mettons dans la balance. Le stress du travail, la trop courte pause déjeuner, les obligations professionnelles (resto d'affaire tous les midis par exemple, avec des "attentes" des personnes avec qui vous êtes), le temps de transport qui empiète sur celui passé en famille ou à pouvoir cuisiner... et quand on commence à toucher à tout ça, oui ça peut faire mal. Pour avancer il faut parfois bousculer certaines choses, se remettre en question, accepter de bouger là où au départ on n'a pas trop envie, risquer et accepter de choquer les autres... "calories et psychologie", ça ferait un bon titre de bouquin :-)

Bref j'ai bien compris, je le constate tous les jours et je vous en ai déjà longuement parlé, que derrière un rendez-vous "pour perdre du poids" il y a potentiellement énormément de choses à prendre en compte... et qu'un travail complexe et souvent pluridisciplinaire est de plus en plus souvent nécessaire pour aller dans la direction du bien être de mes patientes.

Là où c'est nouveau pour moi c'est de constater que ce travail fasse tellement peur qu'on en vienne à carrément ne pas venir au rendez-vous pour lequel on a déjà fait ce qui me semble le plus dur : décrocher son téléphone pour prendre le rendez-vous (comme pour le dentiste).

Voici la suite de l'histoire : j'ai expliqué à ma patiente que je comprenais, qu'en effet ça n'était pas quelque chose de simple, et je lui ai conseillé de prendre un peu de temps, d'y réfléchir et de me rappeler lorsqu'elle se sentirait prête.

Cette patiente à rappelé quelques jours plus tard, à repris rendez-vous (via mon secrétariat)... et de nouveau m'a posé un lapin.

Là je n'ai pas grand chose à ajouter. Je suis déçue pour elle, comme je l'ai déjà évoqué il y a quelques temps ça n'est pas tant mon temps perdu que l'estime de ma patiente qui compte. 2 échecs consécutifs, je ne vais pas m'acharner car ça n'est pas à moi de faire ce travail, mais je ne peux pas m'empêcher de souffrir pour elle. Elle doit se sentir mal, elle n'osera probablement pas me rappeler car morte de honte, alors que je suis sûre que c'est quelqu'un de bien.

Voilà pour cette histoire, je vous raconterai si jamais il y a une suite.

Quels enseignements en tirer ?

Tout d'abord je suis déçue du poids (sans jeu de mot) qu'on met sur les épaules des femmes (et des hommes de plus en plus) au niveau de leur rondeurs. D'un côté on vante le bien manger, de l'autre on tiraille sur le temps disponible et les moyens financiers pour obtenir ce bien manger. Les messages sont partout contradictoires, par exemple ce fameux "faites-vous plaisir / attention à ne pas manger trop gras-sucré-salé / photos de mannequins anorexiques dans les pubs". Je vous invite à lire ce qu'Olivier avait écrit il y a quelques mois ici-même. Il y a de quoi devenir folles !

"On" a tellement été dans tous les sens qu'on a fini par faire peur aux gens, qui - du coup - ne se sentent même plus en confiance pour manger à leur faim, pour écouter leurs sensations, pour être à l'écoute d'eux-même... ni même pour se sentir en légitimité pour demander de l'aide. J'en suis encore retournée, désolée si ça transparait dans le ton de ce billet.

Dans ma pratique une grosse partie de mon travail consiste à rassurer, à vous faire comprendre, via des techniques et exercices que vous avez tout ce qu'il faut en vous pour manger correctement, pour trouver l'équilibre que vous cherchez. Ca n'est malheureusement plus aussi inné, mais c'est quelque chose que nous avons en nous, il faut juste trouver pour chacun comment conjuguer la réalité de la vie quotidienne avec ses besoins et ses envies. C'est ce qui prend le plus de temps, trouver les leviers sur lesquels nous pouvons travailler, lâcher ceux qui sont ou semblent immuables. Mais quel bonheur pour moi (et pour elles) quand je revois quelques patientes qui "n'ont plus besoin de moi", je les sens épanouies, le sourire aux lèvres et surtout apaisées vis à vis de leur corps. Elles n'ont pas eu besoin d'entrer en guerre contre leur corps, juste d'apprendre ou plutôt réapprendre à communiquer avec lui.

jeudi, 29 mai 2014

Stop à la culpabilisation

Cette semaine j'ai un invité, un "gars", un homme quoi, un lecteur du blog qui voulait témoigner sur ce qu'il ressent autour des médias féminins. Je me suis dit que ça serait sympa de vous faire partager son avis "de l'autre côté", je laisse donc la parole à Olivier, nature et sans censure.

Lisez son témoignage et dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires.

---------------------

Cette semaine, sur mon canapé je tombe sur un magazine, "Femme actuelle, hors série spécial minceur". Ne me demandez pas d'où il sort, il était juste là :-)

01-femme_actuelle_minceur.jpg

Entre le café et la confiture je feuillette négligemment les pages, puis petit à petit, absorbé par ce que j'y découvre je ne peux détacher mes yeux de... ça.. ce truc, cette machine à culpabilité !

Alors je ne suis pas naïf, ça n'est pas la première fois que j'ouvre un magazine féminin et que je tombe sur des enchainements de pages de pubs où les graphistes ont rivalisé d'incompétence photoshopienne pour transformer ce qui fut jadis de la peau en un plastique bien lisse, pour retirer tout capiton, toute imperfection pour en faire une Barbie® parfaite... mais là on atteint des summums avec tout un canard qui se plie en quatre, de la couverture à la dernière page pour vous rabaisser mesdames et vous faire bien sentir coupables de ne pas être les bombasses qui ornent le papier glacé.

02-femme_actuelle_minceur.jpg

03b-femme_actuelle_minceur.jpg
Spécial minceur donc... normal c'est le numéro de printemps, on commence à rêver des vacances de juillet ou d’août, on retombe sur son maillot en sortant les fringues d'été d'une étagère en hauteur ou d'un carton, bref ça sent le sable chaud, le corps qui se dénude... et aïe... maudite raclette... il "faut" faire quelque chose !

Le magazine est bien fait, puisqu’avant d'attaquer la liste des "nouveaux régimes top efficaces" (je lis la même couverture depuis des décennies pourtant jusqu'à présent tout le monde à toujours repris du poids avec tous ces régimes) vous tombez sur un quizz pour savoir où vous en êtes dans votre relation avec votre poids. Je lis les questions, et surtout les propositions... je reste sans voix devant les choix possibles : en gros quoi que vous cochiez vous n'avez aucune chance de vous en sortir, il vous FAUT un régime. Soit vous serez mal dans votre peau, soit obnubilée par votre poids, soit... vous ne me croyez pas ? Prenons un exemple, je me suis fait plaisir j'ai mis des petites croix :-) En dessous des images je vous fait une traduction de ce qui est transmis à votre subconscient quand vous cochez une case...

05-femme_actuelle_minceur.jpg

Question n°4 : Vous imaginer avec des kilos en moins vous procure ?

A. Une angoisse diffuse. -> traduction : "ça ne va vraiment pas dans votre tête, vous n'auriez pas un penchant boulimique ? c'est grave, pensez à consulter"
B. Le sentiment d'un rêve interdit. -> traduction : "passez pas la case psy, Freud à des choses à vous dire, il est grand temps de faire quelque chose... ah et puis autant que vous le sachiez tout de suite, vous allez passer votre vie à poursuivre l'inaccessible"
C. Une vraie jouissance, vous pourriez enfin plaire. -> traduction : "vous êtes un boudin, si vous voulez trouver un mec et avoir une chance de le garder, il va falloir se serrer la ceinture, ça vous dirait un petit régime ?"
D. De la contrariété, cela rime avec trop de sacrifices ! -> traduction "soucis, problèmes, SACRIFICES, bordel ! vous vous sentez bien mal dans votre peau là ?"

Cas isolé ? On recommence, question suivante, question n°5 :

06-femme_actuelle_minceur.jpg

Un homme vous regarde dans la rue :

A. Vous ne le remarquez même pas, trop stressée. -> traduction : "vous avez une vie de merde, un patron qui vous harcèle, d'ailleurs quand vous avez croisé l'homme en question vous étiez en quête d'un Monop' pour aller acheter votre dose de chocolat".
B. Vous n'avez qu'une envie, fuir ! -> traduction : "vous n'êtes qu'une petite souris, insignifiante, au ras du sol... et encore les souris intéressent les chats au moins. Gros problème de confiance en vous..."
C. Avec quelques kilos en mois, vous auriez peut-être pu lui plaire. -> traduction : "vous êtes un boudin... il FAUT faire quelque chose sans quoi vous n'arriverez jamais à rien"
D. Il a une petite bedaine, c'est sûrement un bon vivant ! -> traduction : "si quelqu'un vous regarde, c'est forcément un gros tas, vu que les mecs beaux ils ne peuvent pas s'intéresser à vous parce que vous êtes un boudin".

Bon je m'arrête là, vous irez voir par vous même les autres questions, vous ne serez pas déçues !

Alors pour faire bonne figure il y a le traditionnel système de mélange des lettres et de petits signes pour ne pas que les résultats soient trop évidents... mais tout ça pour aboutir à "si vous avez plus de triangles vous êtes un gros tas et ça ne va pas dans votre tête", "si vous avez plus de carrés il vous faut un bon régime...". Sans surprise il n'y a pas de "tout va bien dans votre vie, vous êtes parfaitement équilibrée, ne changez rien"... surprenant non ?

En poursuivant on tombe donc sur des régimes qui font pâlir, "c'est très différent de ce que vous avez déjà fait... mais en fait tout pareil". Je ne suis pas diététicien, chercheur en nutrition, ou docteur quoi que ce soit, mais je reconnais les signes traditionnel du "si vous couplez X avec Y les jours de pleine lune et ne mangez pas de Z alors vous perdrez 10 kilos, serez promue par votre boss et deviendrez riche. Mais puisqu'on vous dit que c'est scientifiquement prouvé, c'est forcément vrai !" Ca me rappelle ces petits prospectus à la sortie du métro à Barbès "Mamadou, spécialiste en amour, argent, retour de l'être aimé, fait démarrer les motos russes, ..."

03-femme_actuelle_minceur.jpg

Pour parfaire votre sentiment de culpabilité, la rédac de Femme Actuelle s'en est donné à cœur joie dans les gros plans de fesses parfaites pour illustrer les régimes.  Vous ne ressemblez pas à ce photoshoppage ? aie, dommage pour vous, mais heureusement que tous ces régimes vont vous aider !

Mon coup de cœur c'est la petite section "décryptage" : "5 trucs pour repérer les programmes fantaisistes", en gros "si on vous dit que vous allez perdre beaucoup et vite ça ne sent pas bon. De même si le régime prône des éliminations de certains types d'aliments trop longtemps c'est mauvais signe". Bon je n'ai pas lu en détails tous les régimes proposés mais j'ai un peu peur que dans ce coin en bas de page ils avouent eux-même que les régimes qu'ils évoquent sont fantaisistes... mais ça tout le monde s'en fout !

08-femme_actuelle_minceur.jpg09-femme_actuelle_minceur.jpg


Les pages de pub (peu nombreuses pour une fois, ça doit être l'effet "hors série") sont globalement en 2 catégories :
- la mise en avant de leggings aux effets magiques : chez "Mixa" on vous promet même que 86% des femmes l'ont trouvé surper cool -> enquête réalisée sur... 50 femmes... à qui j'imagine on a envoyé gratos le produit en leur demandant "mettez le pendant 1 mois et dites-nous si vous êtes "totalement insatisfaites - plutôt satisfaite - totalement satisfaite" et on prend au final le total des 2 dernières catégories pour mettre en avant notre pub. Là encore je ne suis pas calé dans le domaine, mais c'est clairement ce que ça m'inspire : on prendrait pas un peu les femmes pour des connes ?
- la seconde catégorie, ben c'est les régimes miracles... j'imagine que les organismes ont l'argent pour payer la pub, qui paye le magazine, qui permet aux boîtes qui font les régimes de gagner de l'argent, qui sert à payer la pub... enfin vous avez compris.

J'ai notamment un petit faible pour le "communiqué" (vous savez la pub déguisée en article) de la fin du magazine, avec la photo du "docteur", les 3 kilomètres de blabla... ça me fait là encore penser aux petits papiers du médium à la sortie du métro... ça pue le scam à 100 kilomètres, tous les codes y sont : le texte à rallonge, la photo du scientifique pour accréditer, le "sans engagement", "essai gratuit", date limite courte pour en profiter pour ne pas trop qu'on réfléchisse... oh ils sont peut-être réglos, je ne voudrait pas qu'on m'accuse de diffamation, mais en tout cas ça rentre parfaitement dans ce qu'ils disaient dans les trucs pour détecter les régimes fantaisistes... comme quoi on peut dans le même magazine ouvertement dire "ne faites pas ça" et quelques pages plus loin "n'hésitez pas à le faire".

10-femme_actuelle_minceur.jpg

Bref, à la lecture de tout ça, les filles j'aimerai vous dire : arrêtez de vous infliger autant de mal en lisant ce genre de magazines, outre le fait que ça ne vous avance strictement à rien, ça a surtout le très bon effet de renforcer le manque de confiance en vous que vous pourriez avoir (sinon pourquoi vous nous demanderiez "chéri tu me trouves grosse ?"), de vous faire culpabiliser, acheter des produits ou régimes à la con qui peuvent éventuellement avoir un impact non négligeable sur votre santé, notamment si votre santé n'est déjà pas nickel (ex : vous vous trouvez grosse et êtes diabétique, ne faites pas n'importe quoi !!!). En tant que mec je préfèrerai que vous consacriez ce temps/budget pour vous faire plaisir plutôt que de culpabiliser (Il y a quand même une latitude importante entre "se laisser totalement aller" et "faire des régimes restrictifs", je pense que la lecture de ce site vous l'a démontré.) Il y a des tas de lectures passionnantes et/ou divertissantes, je suis sûr que vous avez des passions, il y a des tas de bons bouquins ou magazines sur vos passions par exemple. Ou des romans, qu'ils soient policiers ou à l'eau de rose, il y a à mon avis des lectures bien plus saines que ce genre de magazine...

Olivier

jeudi, 12 décembre 2013

Comment faire baisser l'index glycémique (IG) d'un plat ?

Les deux derniers articles, je vous faisais part de recettes (risotto et cookies) dont certains ingrédients ont été modifiés par rapport à la recette de base. Je vous avais laissé dans le flou car cela demandait des explications un peu poussées. 
Comme vous le savez, j'ai du mal à suivre une recette à la lettre et j'aime les improvisation culinaires. Quelques fois cela fonctionne et parfois ça n'est pas bon. Eh oui, moi aussi j'essuie des échec :-)
Cette fois-ci mes improvisations avaient un but : faire baisser l'index glycémique (IG) d'une recette à IG élevé. Pourquoi ? Tout simplement parce que bon nombre de patients diabétiques doivent faire seuls cette gymnastique et qu'à première vue ça n'est pas évident. J'avais donc envie de leur fournir deux recettes (une salée et une sucrée) qui fonctionnent et qui auront moins d'effet dévastateur sur leurs glycémies. Attention, ces recettes ne sont pas sans sucre et vont dans tous les cas faire monter la glycémie. Cependant, elles feront moins fortement qu'avec les recettes de base.
Ensuite, ces recettes me permettent d'aborder le "comment fait-on pour modifier l'IG d'un plat ?"
La première chose est d'identifier les ingrédients qui font monter rapidement la glycémie. Dans le cas du risotto c'est le riz blanc rond. Dans le cas des cookies, c'est la farine et le sucre. Je n'ai modifié que la farine mais j'aurai pu aussi remplacer le sucre par du miel ou du sirop d'agave. J'ai choisi de ne modifier qu'un seul ingrédient car en pâtisserie l'expérience m'a démontrée que modifier plusieurs paramètres en même temps ne favorisait pas la réussite :-). Une modification à la fois. C'est plus sûr.

La deuxième chose, c'est de répondre à la question "par quoi remplace-t-on l'aliment hyperglycémiant ?". Le riz basmati est le seul riz blanc qui ait un IG moyen une fois cuit et relativement proche, en texture, du riz rond. Le riz complet aurait convenu d'un point de vue nutritionnel mais sa texture ferme n'aurait pas convenu à la sensation en bouche d'un risotto. En ajoutant au riz des fibres (via les légumes) et du gras (via l'huile, la crème et le fromage), on va aider à ralentir sa digestion. On va donc aider l'organisme à diffuser les glucides dans le sang plus lentement.
Pour les cookies c'est la même chose. Les flocons d'avoine ont un IG bas contrairement à la farine car ils contiennent beaucoup de fibres. Dans un deuxième essai en modifiant la type de sucre on devrait arriver à une recette de cookies à IG moyen au lieu de élevé. C'est aussi pour cela que j'ai opté pour du chocolat à 70% de cacao. Il est moins sucré et plus gras que le chocolat pâtissier classique. Il va donc, avec le beurre et les fibres des flocons, participer au ralentissement de la digestion du cookie et favoriser une arrivée plus douce du sucre dans le sang. 

Bilan : Avec l'aide d'une table des aliments classés en fonction de leur indice glycémique, il est possible de diagnostiquer le ou les ingrédients à changer. Une seul à la fois, à mon avis, si vous voulez éviter les ratages culinaires... 
Ensuite, toujours avec cette table des aliments, choisissez un ingrédient à IG moyen à bas dans la même catégorie que l'aliment évincé. Par exemple, on enlève un féculent et on le remplace par un autre féculent, sinon c'est risqué. Lorsque cela est possible (particulièrement dans les recettes salées), ajoutez des légumes, du gras, des protéines ... qui maximiseront l'effet de ralentissement de la digestion.
A vous de jouer !

jeudi, 5 septembre 2013

oui mais moi c'est maintenant tout de suite...

En lien direct avec mon billet précédent sur le fait de faire des régimes et ne pas maigrir, un message fréquent que je reçois de la part de certaines patientes c'est "j'entends bien ce que vous me dites, mais moi là c'est tout de suite qu'il faut que je perde du poids".

La demande est généralement motivée par un évènement important qui approche : mariage, rencontre d'un nouvel amoureux, nouveau boulot, le fait de devoir se mettre en maillot pour l'été, ...

Je perçois bien toute la souffrance qu'il y a derrière cette demande, mais ça n'en fait pas de moi une magicienne : je les sors d'où les kilos en moins ?

Alors on essaye de travailler sur certaines approches, sur l'équilibre alimentaire, sur la faim, sur le "pourquoi nous mangeons" (bien plus que pour un simple apport énergétique croyez-moi) et les patientes qui assimilent ça, qui rentrent réellement dans le jeu, qui acceptent de se poser sérieusement ces questions, qui envisagent parfois même certaines remises en causes dans leur vie, ... ces personnes là font un bond, une progression exceptionnelle.

J'ai un plaisir immense à savoir qu'après quelques mois de travail conjoint à la fois diététique et souvent psychologique, une patiente comprend par exemple que sa manière de manger est intimement liée au stress de son travail dans lequel elle ne se sent pas bien. Qu'elle a fait des démarches pour changer de boîte et que depuis ça va beaucoup mieux. Que la partie alimentation, que sa prise de poids étaient avant tout la manière trouvée par son corps pour dire "stop je n'en peux plus".

Il n'est pas rare que notre travail amène à une perte de 10 kilos, et pour moi à une chose bien plus importante que le poids : une patiente qui a retrouvé le sourire, qui n'a plus peur de manger une demi tablette de chocolat ou de boire un verre lors d'un moment agréable.

Et puis malheureusement il y a une deuxième catégorie de personnes, celles qui savent bien que leur poids n'est pas le fond du problème, que perdre quelques kilos ne changera rien, mais qui ne veulent pas faire l'effort de se remettre en cause. Généralement elles veulent surtout se donner bonne conscience et pouvoir dire à leurs amies "j'ai été voir une diététicienne, je n'ai pas perdu un gramme, je n'y peux rien". Ce sont celles qui veulent qu'un miracle arrive, mais sans faire partie du travail à effectuer pour obtenir des résultats. Généralement c'est simple, elles ne reviennent pas au 2nd ou 3ème rendez-vous, me posent un lapin, ne me rappellent pas...Ça me rappelle ces résolutions du nouvel an dont je parlais ici-même il y a quelques années, et qui sont toujours autant d'actualité.

Je n'ai pas vocation à sauver le monde, je ne peux aider que les personnes qui désirent l'être, alors si vous m'appelez pour prendre rendez-vous, je compte sur vous pour faire les efforts pour vous placer dans la première catégorie. Vous n'êtes pas seule, le travail ne se fait pas seule et il est normal d'avoir un peu peur au départ (comme avant de prendre rendez-vous chez le dentiste) mais croyez-moi, les résultats peuvent être vraiment très importants si vous vous impliquez dans ce travail d'équipe.

- page 1 de 3