La consultation diététique est gratuite…

Aujourd’hui j’ai un envie de vous parler de la facette pas drôle de la diététicienne. L’envers du décor en quelque sorte. Comme vous le savez si vous lisez ce blog de temps en temps, j’adore mon métier, notamment pour le contact et le temps que je peux passer avec mes patientes et patients. Pour la qualité des échanges que nous pouvons avoir et bien entendu le plaisir de voir des résultats, parfois même des changements radicaux dans la vie de mes patients.

L’envers du décor, c’est que malgré des besoins croissants au niveau de la population, cela reste une activité difficile, qui pompe énormément d’énergie et qui consomme également beaucoup de temps. Pour des échanges de qualité il n’est pas rare que je vous consacre 1h15 lors de notre premier rendez-vous. En échange je vous demande de me payer… un tarif qui vous semble bien souvent très élevé. Normal quand à côté le médecin c’est « gratuit », l’IRM c’est gratuit (et ça demande du matériel à plusieurs millions d’euros), que les lunettes, en bricolant avec la mutuelle c’est gratuit aussi. Vous m’avez comprise : remboursement sécurité sociale + mutuelle « obligatoire » en tant que salarié = aller voir votre médecin, même spécialisé, même s’il vous facture 70 euros, à la sortie c’est indolore sur votre compte en banque.

Bref de notre côté, même si le diabète explose, les maladies cardio-vasculaires grimpent en flèche et finiront probablement par devenir la première cause de mortalité comme c’est déjà le cas aux États-Unis, la diététique reste un secteur où l’état n’aide pas spécialement les patients ni les professionnels. Je laisse le débat « pour ou contre un remboursement des consultations diététiques par la sécurité sociale » pour une fois, car aujourd’hui je voulais parler de la dérive malheureuse que prend parfois notre beau métier.

Pour résumer, vivre de son activité de diététicienne en libéral, quand on veut faire les choses bien c’est une mission très ardue. Les journées ne sont pas extensibles, les heures de disponibilité du praticien ne s’alignent pas forcément avec celles des patients, les trous entre les rendez-vous, les annulations de dernier moment et « lapins  » étant (trop) fréquents, il est donc compliqué de dépasser une cinquantaine de rendez-vous d’une heure par mois même si la diététicienne est présente à plein temps à son cabinet. Soyons transparents, je vous fais un calcul ultra basique de la diététicienne lambda : 50 rendez-vous à 50 euros ça fait 2500 euros de chiffre d’affaires mensuel. Ça pourrait être des rendez-vous plus courts et moins chers mais le résultat revient au même. En général une fois les charges du cabinet (loyer, assurances du local et professionnelle, électricité, internet, secrétariat, amortissement du matériel…) et les prélèvement sociaux divers et variés (sécurité sociale, retraite, mutuelle…) pris en compte, il va rester entre 25 et 35% de ce montant, soit autour de 750 euros… et ça c’est pour un bon mois. Un peu juste pour vivre confortablement. Du coup, nombre de diététiciennes changent d’approche : Le noble salariat en établissement de santé ? Ah… en fait non… les budgets des hôpitaux et cliniques étant ce qu’ils sont, le rôle de la diététicienne est réduit au strict minimum, à savoir une seule par établissement, dont l’objectif principal est en général de définir des menus adaptés aux différents patients hospitalisés chaque jour, histoire de ne pas aggraver leur état de santé via l’alimentation. Pas de prévention, pas de formation, pas de temps pour les patients, … Pas forcément très épanouissant et surtout très peu générateur d’emplois.

L’autre approche, celle qui me désole le plus, c’est donc l’approche marketing de certaines grosses entreprises, dont une franchise très connue, qui utilise l’image et la crédibilité de la diététicienne diplômée pour pousser à la vente de compléments alimentaires industriels.

Le principe est simple : rendre la consultation diététique gratuite – ce qui au passage dénature totalement l’image du travail de la diététicienne (ce qui est gratuit n’a pas de valeur) – mais surtout, derrière un bilan « personnalisé », on vous pousse surtout à acheter des compléments alimentaires pour un coût élevé (il faut bien que l’entreprise paye ses diététiciennes et se dégage un bon bénéfice). Au premier abord c’est sympa : « c’est gratuit et on discute avec une vraie diététicienne, on peut avoir une consultation par semaine si on veut, et elle est à chaque fois gratuite »… ensuite on se rend un peu mieux compte de la réalité. Derrière des slogans d’équilibrage alimentaire, et soit disant « pas de régime » (ah bon « jusqu’à -2kg en 2 jours » c’est pas un régime ???), la réalité est toute autre.

Bref c’est absolument l’opposé de ma vision de la diététique. Comme je le dis depuis toujours (et sur ce blog depuis 2007 !), l’alimentation se construit au quotidien, avec des aliments naturels, qui contiennent tout ce qu’il faut pour vivre convenablement et qui disposent d’une large variété permettant de s’adapter aux différents modes de vie de chacun. Par ailleurs une bonne partie des problèmes que nous rencontrons sont liés au comportement alimentaire et non pas au contenu de nos assiettes. On mange parce qu’on est stressée (trop, trop vite…), parce qu’on a certains problèmes non résolus dans notre vie, … et les solutions ne se trouvent pas dans une gélule, mais par la compréhension de ces problèmes et la mise en place de solutions précises… mais ça malheureusement ça ne génère pas de ventes !

Quand on commence à transiger là dessus pour pousser à l’achat de compléments alimentaires « magiques » (brûle graisse, vitalité machin chose, herbe détoxifiante), dont la majorité n’a pas passé le moindre test d’efficacité un peu sérieux, je trouve ça d’une tristesse… C’est la sombre réalité de notre beau métier, pour manger à la fin du mois certaines diététiciennes ont dû passer de l’autre côté… et elles emportent avec elles l’image, la renommée de notre profession. Je ne leur en veut pas, certaines situation de vie font qu’il est parfois difficile de faire autrement. Ces entreprises sont le plus gros employeur de diététiciennes, ce sont les rares à proposer des offres d’emploi un peu partout en France, notamment hors des gros centres urbains, et généralement en CDI. Quand on sort de l’école, et qu’on n’a pas forcément encore les épaules pour ouvrir un cabinet de diététique en libéral, c’est malheureusement bien (trop) souvent la seule solution.

De l’autre côté, les franchisés sont un peu pris au piège, ils sont contraints de vendre beaucoup de compléments pour eux aussi se tirer un maigre salaire. La majorité des bénéfices remontent à la maison mère, qui impose ses conditions, notamment celle de ne vendre que les compléments alimentaires de la marque. Bref pour survivre il faut motiver les diététiciennes à vendre, vendre, vendre… à mon avis on est bien plus dans l’approche d’un magasin d’électro-ménager qui incite ses vendeurs à pousser ses lucratives « garanties longues durées » que dans le domaine de la santé !

Pour conclure sur une note plus positive, j’aimerai justement rappeler que la qualité (et le coût) d’une diététicienne en libérale, c’est le temps qu’elle vous consacre pour comprendre vos problèmes et mettre en place avec vous des solutions réellement personnalisées. Son temps c’est ce qu’elle a de plus précieux, c’est celui dont elle est éloignée de ses enfants, de son conjoint, souvent à des heures où elle serait mieux à diner avec eux. Ce travail à un prix, et les consultations ne seront jamais gratuites… en tout cas pas chez moi.

La consultation diététique est gratuite…

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