Mon approche diététique, de la simple provocation ?

Suite à mon billet sur les profiteroles, pour certains c’en était trop : pour eux, après avoir déjà « fait l’apologie du Nutella » (ce que je démens) je viens une fois de plus « d’inciter à la consommation d’aliments gras et sucrés » c’est donc bien clair : tout ce que je cherche c’est à « faire grossir mes patients pour qu’ils reviennent plus souvent ! » Une machine bien rodée organisée par une diablesse en personne ! (mouhaha !!! [rire façon halloween])

Loin de me vexer, cette attitude m’interpelle. On m’accuse de faire de la provocation, de la désinformation, on insulte aussi un peu ma profession au passage, mais ce que je retiens avant tout c’est la réelle difficulté que nous avons tous à nous remettre en question.

Comment diable une profiterole pourrait avoir un lien avec un équilibre alimentaire ?

Comment une professionnelle de santé peut-elle parler d’aliments gras et sucré alors qu’on sait bien lit partout qu’il faut manger « sain » et « équilibré » ?

Je pourrais couper court et répondre « c’est mon métier », « c’est mon expérience » mais j’imagine que ce n’est pas vraiment le genre de réponse que vous attendez.

Malgré tout, c’est bien cette expérience qui me permet d’aborder la diététique de cette manière. Je vais être franche, ma formation initiale, celle qui permet d’obtenir le diplôme de diététicien/ne c’est une formation avec une approche très (trop ?) scientifique de la diététique : calories, rations journalières, répartition des apports, bref des bases absolument indispensables mais très carrées. Le second aspect de cette formation c’est le traitement de patients avec des pathologies claires : diabète, hypertension…

Malheureusement (ou heureusement) la majorité de mes patients ne sont pas atteints de ce types de maladies et sont des personnes que mes cours classeraient comme « bien portantes » et qui pourtant viennent me voir pour des problèmes de poids… « mince alors, qu’est-ce que je fais ? elles ne rentrent dans aucune case ! »

Même si ça ne vous parait peut-être pas évident, ça me rapproche très étroitement de la phrase clé de certaines de mes patientes qu’on peut résumer en « je sais bien qu’il faut manger des fruits et des légumes mais pourtant je mange des plats touts prêts et des sucreries ». Pourquoi donc viennent t-elles me voir si elles savent déjà tout ce qu’il faut faire ?

Tout ça nous amène au constat très clair que le problème n’est pas les calories ! il n’est pas non plus dans les plats préparés ou le nutella. Le problème est beaucoup plus d’ordre psychologique (« je ne me sens pas bien dans mon corps » dans la bouche d’une jeune femme de 1m68 pour 59 kg) et organisationnel (« je n’ai pas le temps de me préparer à manger vu l‘heure à laquelle je rentre du travail« ).

Le calcul de calories, les fruits et les légumes n’ont à ce stade plus la moindre importance. Lorsqu’on parle par exemple de trouble du comportement alimentaire (TCA), ce n’est plus le contenu et le détail de l’alimentation qui sont à traiter mais bel et bien le rapport à l’alimentation en lui-même : que signifie l’acte de manger ? Souvent bien plus que d’ingurgiter des calories pour survivre ! Attirer l’attention ? Combler des manques ? …

Qu’en rentrant du travail vous vous jetiez sur un paquet de gâteau pour vous venger des collègues qui vous traitent de grosse dans votre dos ou ingurgitiez 3 pommes d’affilée (le mythe du fruit sain), de mon point de vue la différence n’est pas bien grande. Déjà les pommes c’est plein de sucre et d’un apport calorique non négligeable et il va être beaucoup plus intéressant de traiter les causes du problème que simplement les symptômes.

Maintenant l’analyse et le traitement de ces causes n’est pas une tâche facile, c’est un processus qui prend du temps, qui demande de la remise en cause et de l’investissement (aussi bien du patient que du praticien), qui ne fonctionne pas à coup de baguette magique et qui est pour ma part le fruit de formations (je vous reparlerai bientôt du G.R.O.S), de beaucoup de travail de partage d’informations avec mes collègues diététiciennes, psychologues, psychothérapeutes et petit à petit, année après année, d’expérience tout court.

Bref, je ne vous parle pas de profiteroles, de gâteaux au chocolat et de pizza juste pour le plaisir de vous provoquer mais bel et bien parce que c’est ce que vous et moi mangeons régulièrement et qu’il faut apprendre à vivre avec ces aliments plutôt que de chercher en permanence comment les éviter.

Mon approche diététique, de la simple provocation ?

6 commentaires sur “Mon approche diététique, de la simple provocation ?

  1. Bonjour,
    Merci pour ce billet. Je lis très souvent le blog, ne fais pas à chaque fois de commentaires, mais là, ca s’impose. Pour dire que vous avez raison, mille fois raison ! Cela fait des années que je tente un peu tout. Depuis deux ans, j ai laissé tomber tous les régimes et me laisse vivre au gré de ce que réclame mon corps. Bilan: poids stabilisé et plus de yoyo. Le tout en mangeant parfois du cake aux fruits de belle maman, qui vaut bien les profiteroles d’Hélène !
    Il faut arrêter de heurter son corps en lui imposant des contraintes supplémentaires. Nous en avons tous assez dans notre quotidien! Alors, merci Hélène pour ce billet que vous ne nous deviez pas, mais qui prouve combien votre travail est important!
    Veronique
    PS: allez lire « les kilos émotionnels » cités dans la sélection des livres

  2. Merci pour ce billet (et pour votre blog).

    J’ai perdu 17 kilos cette année, en continuant à manger du Nutella une fois par semaine (et non plus tous les jours comme je le faisais avant), de la pizza de temps en temps, de la raclette deux ou trois fois par an, en continuant à aller au resto (apéro, plat et dessert) avec des amis quand l’envie nous en prend (pas tous les jours, certes, mais quand même plus d’une fois par mois).

    Bref, en continuant à me faire plaisir, tout en mangeant de tout, mais dans des quantités certes plus raisonnables qu’avant.

    La raison pour laquelle j’ai perdu ce poids, tient, je crois, en grande partie au fait que je me permets ces « écarts »

    Si j’avais dû ne manger « que » pour vivre en me privant de ce que j’aime le plus sous prétexte que « c’est pas light » ou « c’est de la malbouffe, » j’aurais craqué au bout d’une semaine (je le sais; l’approche « carottes rapées, craquottes et légumes vapeur et rien d’autre, je l’ai tentée dans le passé, et ça n’a jamais marché.)

    Donc, merci pour votre tentative de « dé-diaboliser » certains aliments, et pour nous rappeler que manger doit rester un plaisir. 🙂

  3. Merci beaucoup pour ce billet, pour les articles en général sur ce blog, helenc a tout à fait résumé ce que je ressens également, avec 20 kg perdus en mangeant mon carré de chocolat chaque soir (voir même 2, si l’envie m’en prenais !!!!)

  4. Tout comme Véronique, Helenc et nini, je trouve que vous avez raison. Il ne faut pas diaboliser le nutella, les profitroles et tout ces élèments gras, salé ou sucré.

    Il faut juste apprendre à écouter son corps et à se faire plaisir de temps en temps. C’est comme ça qu’on arrive à faire plus facilement attention à ce qu’on mange de temps en temps.

    Chez nous, j’essaie toujours de cuisiner le plus possible. Et ce n’est pas facile tous les jours. En principe, la semaine nous faisons attention (pas de grignotage, de sucrerie et autre) et le week-end, nous nous autorisons ce que nous voulons.

    Ainsi, cela nous permet de garder la ligne la plupart du temps. Enfin surtout mon ami, car pour ma part, j’ai des moments où je gonfle et d’autres où je dégonfle. J’apprends donc à faire avec.

    Merci beaucoup pour ce billet et pour ce blog en général.

  5. Pareil…d accord avec vous, et avec les 4 autres commentaires….
    Pour ma part, je reste juste en admiration devant ces recettes, aliments que je suis encore incapable de manger a lheure actuelle….mais je sais aussi, que c’est aussi tout ça, un comportement alimentaire qui ne serait plus pathologique.
    Merci pour tout ce que vous faites

  6. Je suis tout à fait d’accord avec vous.
    Pour avoir fait des études de diététique (sans en obtenir le diplôme donc on ne m’accusera pas de prêcher pour ma paroisse 🙂 ), je confirme que tout ce qu’on apprend est bien théorique.
    C’est aussi beaucoup pour cela que je pense sincèrement que certains professionnels restent très accrochés à cette pratique bien trop en décalage avec la réalité.
    J’ai moi-même consulté une diététicienne alors que j’étais encore étudiante (bah oui, quoi?) et c’est comme ça que je me suis retrouvée à devoir manger 50g de viande le midi et le soir (ou 100g en 1 repas). Il m’était aussi déconseillé de boire le matin entre mon petit-déj et 10h (je parle simplement d’eau… pas du jus d’orange ou du vin lol).
    Bref, j’ai perdu 5kg grâce (ou plutôt à cause?) de cette professionnelle.
    Mais le sentiment d’être bridée, sous contrôle, m’a amenée à complètement recraquer ensuite.
    D’ailleurs à cette époque je m’enfilais une tablette de chocolat par soir (hyperphagie mon amie…). Et je lui avais bien expliqué mon parcours.
    C’était une diet très orientée « nature », « relaxation »…
    Je ne la dénigre pas et je suis sûre que pour quelqu’un d’autre elle saurait être de très bon conseils.
    Mais pas pour moi.
    Alors j’avais repris beaucoup de poids et j’étais toujours étudiante en diet. Donc parallèlement je faisais mes études et mes stages.
    Et lors d’un stage, j’ai eu la chance d’être aux côtés d’une dietéticienne avec un vrai vécu de personne « ronde ».
    Elle savait ce que c’était de porter des kilos en trop, de se sentir coupable face à la nourriture tout en ne pouvant pas y résister.
    Et cette diététicienne ne prescrivait aucune ration, aucun « régime ». Elle ne diabolisait rien, ne pesait pas ses patients (ils se pesaient chez eux et lui indiquaient le poids en consultation).
    Alors forcément, nos parcours se reflétaient un peu comme des miroirs sur pas mal d’aspects.
    Et finalement, elle m’a offert son aide. Grâce à elle, j’ai perdu 10kg et je ne les ai pas repris.
    Evidemment, j’ai supprimé mes « craquages » réguliers. Mais je n’étais pas non plus limitée à 50g de viande (d’ailleurs c’est le bon plan pour les économies! Manger 5 fois sur 2 blancs de poulet je peux vous dire que votre porte-monnaie a le sourire… mais pas vous!).

    Tout ça pour dire que faire l’apologie du PLAISIR DE L’ALIMENTATION (et non pas des profiteroles ou je ne sais quoi…), moi je ne trouve pas que ce soit de la folie.
    Au contraire, on a trop entendu de messages restrictifs ou de fausses idées sur l’alimentation (qu’on traîne d’ailleurs tous plus ou moins). On s’en fait des complexes, on en oublie que manger c’est certes indispensable pour vivre, mais c’est aussi un bon moyen de se retrouver avec les gens qu’on aime.
    C’est tout plein de choses l’alimentation. c’est pas juste du sucre, du gras et des protéines. C’est aussi de la convivialité, du partage, du plaisir, des sensations, des souvenirs.

    Alors chacun voit midi à sa porte, mais encore une fois je trouve ça super qu’une diététicienne encourage ses patients à voir la nourriture autrement 🙂
    Keep going!!

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