La dissonance cognitive « inversée » ?

Oulala, c’est quoi ça encore ?

Faisons les choses dans l’ordre : la dissonance cognitive c’est la tension qu’on ressent en soi quand nos sens perçoivent quelque chose qui nous semble contradictoire. Sans qu’on puisse forcément l’expliquer. Par exemple quand quelqu’un vous dit que tout va bien mais que son corps, ses gestes, bref tout l’aspect « non verbal » vous donne l’impression que cette personne va mal. Un autre exemple concret c’est quand on fait faire un exercice de « cache cache » à la maternelle en guise de prévention d’intrusion (comprendre « alerte terrorisme ») et que mon fils de 5 ans sent bien qu’avec une alarme qui répète « alerte intrusion », ça ne colle pas trop avec l’esprit de la partie de cache-cache… il ne met pas de mots dessus, mais quand il se couche le soir il n’est pas bien et a du mal à s’endormir. Ses sens ont perçu des choses et pourtant les adultes ont essayé de lui faire croire autre chose et donc que ses sens n’étaient pas bons…

Et la dissonance cognitive « inversée » alors ?

C’est le terme qui me vient à l’esprit quand cette fois les gens cherchent à se masquer à eux-même une certaine réalité. Cette fois ça n’est plus la différence entre ce que nos sens perçoivent et ce qu’on nous dit mais plutôt les mots (faux) qu’on utilise pour décrire une réalité qui ne l’est pas. Un mensonge inconscient si vous préférez.

Certains de mes patients (mais pas que) sont ainsi les spécialistes du « je ne mange pas grand chose », « je ne mange pas très sucré », « les sucreries à la maison c’est très rares »…

En général quand on creuse en discutant, on obtient une vérité toute autre, et on obtient même un second cran d’information totalement différent lorsqu’on peut réellement constater la réalité de l’alimentation de manière extérieure et objective.

Prenons par exemple le cas de cette maman qui parle des goûters de ses enfants. Elle a bien compris (et me verbalise) qu’il faut limiter les goûters industriels, trop sucrés… elle m’explique que par exemple il n’y a jamais de coca à la maison. En pratique quand je lui demande ce qu’elle donne à ses enfants, tout ce qu’elle m’indique est de l’industriel transformé (chocos, crèpes fourrées, …). En boisson ? « ça dépend, des fois du jus de fruit ». Et les autres fois ? Je ne le saurai pas. Hum, on est loin des recommandations.

Ensuite lorsque j’ai la possibilité de constater par moi-même (soit en demandant à ce qu’un journal de bord soit rempli au quotidien, soit en partageant un peu le quotidien de ces personnes (amis, famille, …) on saute de nouveau un gros cran entre le verbal et la réalité. Le « parfois » est en réalité un 9 fois sur 10 ou au moins une habitude forte. Sur le même principe, on a oublié de m’indiquer les craquages à la boulangerie (ou alors ils étaient soit-disant « rares »)… mais sur les 15 jours de suivi il y en a déjà 5 ou 6. Ah oui et il restait des chocolats de Pâques aussi, et des bonbons de l’anniversaire du week-end dernier. Ah et pour les « autres fois » pour le jus de fruit, en pratique c’est du sirop avec de l’eau…

Soyons très clairs, je ne suis pas là pour juger ces comportements, bien au contraire, je suis très bien placée pour savoir qu’ils font partie du quotidien. C’est juste étrange que notre cerveau ait une si grande facilité à les occulter lorsqu’on désire paraître sous notre meilleur jour aux yeux d’autrui, notamment ceux de sa diététicienne.

Par contre ma capacité d’aide dépend (malheureusement ?) grandement de la réalité objective de ce que chacun mange en vrai, et non pas son alimentation idéale fantasmée. Une « petite assiette de frites », soyons honnêtes et essayons de la visualiser telle qu’elle est réellement. Ca n’est pas grave, cette assiette elle fait partie de notre vie, de nos plaisirs, ensuite il n’en est que plus simple d’équilibrer le reste. Les chocolats de Pâques, les bonbons de l’anniversaire, ils ont physiquement entré votre maison et il y a de fortes chances pour qu’ils finissent dans votre estomac (je crois qu’il faudra que je reparle de ça d’ailleurs)… autant l’accepter et rééquilibrer derrière !

Et ça fonctionne de la même manière pour le sport. Exemple de discussion :

Moi : vous faites du sport ?
Patiente : oui je fais du cardio-training, j’ai un abonnement à une salle de sport
Moi : et vous y allez souvent ?
Patiente : ça dépend, pas trop en ce moment.
Moi : ah, quand est-ce que vous y êtes allée pour la dernière fois ?
Patiente : hum, ben j’ai été malade ces derniers temps et puis avant j’étais en vacances… donc ça doit faire un mois ou deux.
Moi : Ah ok, et vous avez moyen de vérifier ?
Patiente : oui c’est noté dans mon agenda, j’étais avec une copine qui était venue passer quelques jours chez moi.
La patiente vérifie dans son agenda, tourne les pages… la dernière fois c’était il y a 4 mois et demi !

Si j’en étais restée à ma première question, j’aurai visualisé ma patiente plutôt sportive, imaginant qu’elle allait au moins une fois par semaine suer à lever des poids ou courir sur un tapis… et adapté mes conseils à cette vision… très éloignée de la réalité.

Ce qu’il faut retenir de tout ça c’est que commencer un travail sur l’alimentation nécessite une certaine transparence, notamment vis-à-vis de soi-même. Prendre conscience qu’on ne fait peut-être pas les choses de manière idéale (et c’est pas grave), qu’on est justement là pour en parler, pour voir ce qu’on peut améliorer, mais également ce qu’on aura du mal à changer (aliment doudou, qui nous rassure par exemple)… bref accepter nos petits travers, ils font partie de nous et les comprendre nous permettra de mieux avancer notre travail diététique ! Et comme toujours, ce qui se dit entre les murs du cabinet reste entre les murs du cabinet 😉

La dissonance cognitive « inversée » ?

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